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Le cahier des charges fonctionnel (CdCF) :
outil d'expression du besoin et d'aide à la conception.

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Auteur : Thierry BEAUJON
Directeur de la société TDC - Transfert De Connaissances

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1/ La problématique

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Partons tout simplement de la définition de la Qualité des normes françaises NF X 50-120 et internationales ISO 8402 : " Ensemble des propriétés et caractéristiques d'un produit ou service qui lui confèrent l'aptitude à satisfaire des besoins exprimés ou implicites "

Mais on est en droit de se demander comment satisfaire vraiment le client, si l'on ne sait pas bien cerner les besoins ? En effet, on a tous des difficultés à bien énoncer son besoin, car ce n'est pas naturel. Essayez, par exemple, de définir clairement le besoin lié à l'objet " fourchette " que vous utilisez pourtant tous les jours ! N'avez vous jamais été, par ailleurs, déçu d'un choix trop rapide lors de l'achat d'un appartement, d'un ordinateur, d'une caravane, d'un appareil électroménager ou hi-fi ?

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2/ L'apport du CdCF dans les démarches qualité en conception

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En tant que responsable qualité, en quoi le CdCF peut-il m’aider dans mon système d’assurance qualité ? Le CdCF permet de satisfaire l’exigence 4.4.4 de l’ISO 9001, en particulier « Il faut apporter une solution aux exigences incomplètes, ambiguës ... ». En effet, le CdCF repose sur la démarche d’Analyse Fonctionnelle du Besoin (AFB), ce qui le différencie d’un simple cahier des charges. L’Analyse Fonctionnelle du Besoin est une démarche qui nous conduit à nous poser toutes les bonnes questions pour poser un problème, donc à ne rien oublier et à être explicite.

Cette démarche d'Analyse Fonctionnelle du aboutit à un document contractuel de dialogue qui permet de standardiser les méthodes de travail et les échanges avec les fournisseurs. C'est la base du système d'assurance qualité.

 

Donc cela doit réduire les problèmes de modifications des Cahiers des Charges en cours de conception, d'ajout de nouvelles conditions oubliées ? Dans ce cadre cela facilite effectivement le travail du bureau d'études (BE). Ce sont les clients qui devraient envoyer le CdCF, mais on constate que bien souvent c'est le BE qui reformule le besoin afin de ne plus en subir toutes les conséquences.Pour que le CdCF soit complet, la méthode consiste d'abord à considérer le produit que l'on étudie comme une " boîte noire " et à définir tous les éléments matériels, humains, énergétiques, d'ambiance ou normatifs qui sont en situation d'interagir avec lui. Ces éléments du milieu environnant servent à la détermination des fonctions de service dans chacune des situations d'utilisation. La caractérisation précise des fonctions est ensuite réalisée avec en particulier les critères d'appréciation, leurs niveaux de performance.En plus des points précédents, il peut être utile de hiérarchiser les différentes fonctions.

 

L'aspect exhaustif de l'Analyse Fonctionnelle peut donc également servir avant une étude QFD ou AMDEC? Effectivement!Pour le QFD (maison de la qualité) une démarche d'analyse fonctionnelle du besoin permettra de structurer la recherche de la voix du client. Il est en effet dommage de partir trop vite dans une matrice QFD sans avoir un point d'entrée complet.

 

En ce qui concerne l'AMDEC, cela permet également d'être plus complet en entrée mais surtout d'évaluer les effets sur le client/utilisateur plutôt que sur le fonctionnement de la machine.
En fait, l'Analyse Fonctionnelle du Besoin est le point de départ de beaucoup d'autres méthodes, démarches et outils.

 

J'entends aussi parler d'analyse fonctionnelle au service informatique (Conception Orientée Objets, SADT), qu'en est-il vraiment ? Il s'agit d'une formalisation du besoin certes, mais réalisée par les gens du métier donc souvent incompréhensible par le deman-deur non informaticien. Le CdCF est écrit en langage naturel.Une étude récente du CIGREF (Club Industriel des Grandes Entre-prises Françaises) a montré que malgré dix ans d'efforts pour faire dialoguer informaticiens et utilisateurs, l'expression du besoin reste la principale source d'insatisfaction chez les utilisateurs.
C'est donc la même chose en automatisme où l'on utilise aussi des méthodes comme MSMC ou Grafcet qui sont déjà de la spécification, mais métier ? Oui, dans ces cas il s'agit de modéliser un problème dans le langage de l'automaticien. Ce qui est déjà bien dans les méthodes dont vous me parlez, c'est que les spécifications sont indépendantes du matériel qui sera choisi ultérieurement.
Le CdCF intervient en amont de ces méthodes. Il est de nature à faciliter l'application de toutes ces méthodes (QFD, AMDEC, SADT, COO, Grafcet, MSMC, ...)

 

Et quand les acheteurs doivent passer des appels d'offres au " mieux disant " et non plus au " moins disant ", cela s'applique-t-il ? Oui, par le fait que l'on soit indépendant des solutions. On va définir les fonctions de service, c'est-à-dire les actions attendues d'un produit (ou réalisées par lui) pour répondre à un élément du besoin. C'est cette dimension fonctionnelle du CdCF qui lui permet d'être le support contractuel favorisant l'émergence d'innovation.

C'est aussi à ce niveau qu'il est nécessaire d'être des plus vigilant, car il n'est pas encore naturel d'exprimer son besoin en faisant complètement abstraction des solutions. Ce constat devrait cependant être atténué dans quelque temps grâce à l'effort considérable de formation entrepris par l'Education Nationale.

Cet aspect fonctionnel doit donc faciliter la comparaison des réponses à un appel d'offres ? Tout à fait, et en plus de l'expression fonctionnelle en terme de services à rendre, le document CdCF est constitué d'un cadre de réponse commun à la disposition des fournisseurs (internes ou externes), afin qu'ils puissent porter toutes les précisions nécessaires à leur offre.
Pas de solutions d'accord, mais il y a des principes que l'on ne peut pas remettre en cause systématiquement ? Effectivement, une société fabriquant des lave-linge, par exemple, ne va pas remettre en cause le principe du lavage par l'eau lors de chaque développement de nouveaux modèles.

L'arbre fonctionnel permet de formaliser les principes imposés par des liens de dépendance entre les fonctions de service. On passe d'une fonction à une sous-fonction de l'arborescence grâce à la question " comment ? ".

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Cet arbre fonctionnel permet-il de prendre en compte les exigences stratégiques de la direction ? Non, il y a le concept de contrainte pour traiter ce genre d'exigence. La contrainte est définie par la norme NF X 50?150 comme " la limitation à la liberté de choix du concepteur-réalisateur d'un produit " en dehors du service à rendre. Il s'agit par exemple de vouloir réutiliser au maximum les moyens de production existants.
Est-ce dans ces contraintes que l'on va pouvoir intégrer le coût en cas de démarche de conception à coût objectif ou d'ingénierie simultanée ? Oui, mais par rapport à ces démarches le CdCF apporte également la dimension de la flexibilité sans laquelle une démarche de conception à coût objectif est vouée à l'échec. La norme précise, en effet, que la CCO est " basée sur un cahier des charges fonctionnel ouvert et négociable. "La flexibilité enrichit les critères d'appréciations par la possibilité de les moduler, éventuellement, sous conditions. Elle définit la plage de négociation éventuelle. On peut exprimer la flexibilité sous la forme de limite d'acceptation, de taux d'échange ou de classe de flexibilité.
Finalement le CdCF concerne beaucoup de monde dans une entreprise ? Oui, le CdCF et l'Analyse Fonctionnelle du Besoin sont valables aussi bien pour des objets (un meuble, un emballage...), processus (système de palettisation, ...), moyens de production (machine spéciale, presse, outillage, ...), services (garantie, plan de formation,...) et logiciels (standard: CAO ou spécifique: post-processeur graphique ...), que pour les achats, la conception et la reconception.

Dans le cadre du système d'assurance qualité, le CdCF vous permet d'uniformiser les méthodes de travail et les documents des différents métiers de l'entreprise.

La méthode parait complète, puis-je l'utiliser aussi pour spécifier rapidement des petites études ? Oui, grâce en particulier aux CdCF génériques : une ossature de CdCF est réutilisable d'un projet à un autre, comme cela se fait par exemple pour des pare-chocs de voiture. Cela facilite également la communication entre donneur d'ordres et fournisseur en étant la base d'un questionnaire interactif.

Les outils comme les logiciels utilisés directement en groupe de travail en améliore également la productivité.

Pouvez-vous préciser cette aspect " amélioration de la productivité du groupe de travail " ? En effet, le groupe de travail est une composante primordiale de la démarche d'Analyse Fonctionnelle du Besoin, il est vital de s'intéresser de près à sa gestion.

Il est important ce groupe soit pluridisciplinaire, et qu'il soit piloté par un expert, aussi bien dans la méthode d'Analyse Fonctionnelle du Besoin, que dans l'animation de groupe en créativité.

Les logiciels peuvent également apporter leur aide. Pour des grands groupes, par exemple, il est matériellement difficile de réunir autour d'une même table les experts concernés qui sont disséminés à travers toute la France. Les logiciels de groupware permettent d'améliorer la situation en facilitant les échanges d'information à distance. Les logiciels " CdCF " et " APTE-Fonc " permettent, eux, d'être plus réactif en réduisant les délais entre chaque réunion grâce au compte rendu papier disponible dès la fin de la séance de travail. Il permet également de réduire le nombre de réunions de travail, par exemple, en guidant dans la démarche, en facilitant l'utilisation d'outil comme l'arborescence fonctionnelle, mais aussi en générant des listes d'action ou des états d'avancement du travail.

 

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3/ Le CdCF : une démarche structurée normalisée

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Toutes ces données sont structurées dans une démarche normalisée. La norme NF X50?151 (Déc.91) " Analyse de la Valeur, Analyse Fonctionnelle, Expression du besoin et cahier des charges fonctionnel ", fait partie du recueil de norme " Gérer et assurer la qualité ".

L'AFAV (Association Française pour l'Analyse de la Valeur) joue un rôle prépondérant au sein des différentes commissions de normalisation française et européenne, tant pour la normalisation que pour la promotion des concepts qui y sont rattachés.

Le CdCF fait partie intégrante de la démarche de conception qu'est l'Analyse de la Valeur. Cette démarche comporte un plan de travail en 7 phases :

  1. - Orientation de l'action AV
  2. - Recherche de l'information
  3. - Analyse des fonctions et des coûts, validation des besoins et des objectifs
  4. - Recherche d'idées et de voies de solutions
  5. - Etude et évaluation des solutions
  6. - Bilan prévisionnel, présentation des solutions retenues - décision
  7. - Réalisation - Suivi -Bilan

Le CdCF est le document qui formalise le résultat des trois premières étapes et qui sert de référence aux suivantes.

La norme AFNOR NF X 50?150 définit le CdCF comme le "document par lequel le demandeur exprime son besoin (ou celui qu'il est chargé de traduire) en terme de fonctions de service et contraintes. Pour chacune d'elles sont définis des critères d'appréciation et leurs niveaux. Chacun de ces niveaux doit être assorti d'une flexibilité."

Les principaux éléments constitutifs d'un CdCF sont:

- La présentation du problème qui permet de poser brièvement le sujet en        précisant le produit, son marché, le contexte du projet et les objectifs.
- L'énoncé fonctionnel du besoin dans chaque situation d'utilisation du produit.
- Le cadre de réponse qui facilitera le dépouillement des réponses.

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Structuration de l'énoncé fonctionnel du besoin :

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Rechercher les fonctions en considérant le produit comme une boîte noire au sein du milieu environnant.

Ordonner les fonctions dans un arbre fonctionnel par des relation de dépendance.

Caractériser les fonctions par des critères d'appréciation, assortis de leur niveau de performance souhaité et d'une indication de flexibilité, afin que le CdCF soit ouvert et négociable.

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Hiérarchiser et/ou Valoriser les fonctions

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4/ Le CdCF: outil d'expression du besoin et d'aide à la conception

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Outil d'expression de besoin, par l'analyse fonctionnelle du besoin en langage utilisateur, reconnu de plus en plus d'entreprises et d'organismes institutionnels.

Outil d'aide à la conception comme point de départ de l'AMDEC, du QFD, du management de projet, des méthodes de spécification métier (SADT, COO, GRAFCET ...) ...; le CdCF n'est pas une fin en soit.

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Si vous voulez éviter cela...

...vous avez sans doute quelques nouvelles idées !

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